terça-feira, 31 de dezembro de 2013

QUELLES ORIENTATIONS STRATÉGIQUEMENT PRIORITAIRES ET UTILES POUR LA GUINÉE-BISSAU



La période post coup d’État d’avril 2012 a définitivement inscrit la Guinée-Bissau sur de multiples dimensions géopolitiques et géostratégiques contradictoires. En ce sens, certains observateurs imputent les balbutiements de la transition aux luttes des blocs géopolitiques (CPLP, CEDEAO en particulier), d'autres encore affirment que les récurrentes instabilités résulteraient de manipulations externes. Quelque soit l'hypothèse, les bissau-guinéens demeurent les acteurs exclusifs de la vision stratégique et géostratégique à emprunter. De facto, la Guinée-Bissau est tiraillée entre deux environnements géopolitiques: un de voisinage (CEDEAO, UEMOA) et l’autre de fraternité (CPLP, PALOP). Dès lors, doit-elle servir de champ de bataille géopolitique? Ne devrait-t-elle pas chercher à capitaliser ses multiples appartenances géopolitiques et géostratégiques et les traduire en opportunités de développement? Il n'y a t-il pas un double avantage à saisir?.

En vérité, la Guinée-Bissau s'incruste dans trois identités géopolitiques: ouest africaine (UEMOA, CEDEAO), africaine (union africaine) et lusophone (PALOP et CPLP). Dans chacune d'elles, existent en effet des avantages comparatifs nécessaires à la croissance et la compétitivité économiques. En outre, la mission de l'élite politique et diplomatique consiste à ne pas faire de la Guinée-Bissau une terre de rencontre et de confrontation de blocs opposés.

Interagir avec l'espace régional

La région ouest africaine, entité de proximité géographique, représente un marché commun de plus de 340 millions de consommateurs. Les mutations y sont rapides, brusques et importantes. Parmi les changements en cours, l’augmentation numérique de la classe moyenne et l'urbanisation rapide et forte (la région atteindra 160 millions d’urbains en 2015) constituent des piliers de la croissance économique. Le Nigeria (90 millions d’urbains) et le Ghana (14 millions d’urbains en 2015) combinent parfaitement ces deux dimensions susceptibles de booster la dynamique économique.

Dans quelle mesure la croissance économique et l’urbanisation massive sous-régionale peuvent-elles être des opportunités de développement économique pour la Guinée-Bissau?

En effet, l’émergence d’une classe moyenne et la tendance à la hausse de l’urbanisation en Afrique de l’ouest constituent les perspectives régionales les plus séduisantes pour la production de biens de la Guinée-Bissau. D’abord, l’exigence en produits frais de consommation pour cette classe qui se soucie de plus en plus de sa santé en consommant moins de viande rouge ou importée et en ayant un regard exigeant sur les produits imbibés d’intrants, est un atout de taille. Dans ce cas, la Guinée-Bissau, grâce à ses richesses halieutiques surtout et à ses terres encore fertiles (pouvant s’en passer d’intrants) peut couvrir les besoins en protéines et en produits biologiques des urbains, en particulier des classes aisées. Ce qui exige nécessairement une restructuration et réorganisation du secteur de la pêche et une politique agricole intelligente.

Ainsi, dans un futur proche, la Guinée-Bissau pourrait être à mesure de satisfaire la demande en protéine des populations urbaines ouest africaines en constante croissance et constituer une alternative crédible à une alimentation toxique. Son potentiel halieutique et de terres arables lui confère naturellement une importante part de marché sous-régional. Un autre avantage, moins visible, mais ô combien important est celui de l'économie verte. En effet, la richesse de sa biodiversité encore préservée devrait offrir dans un avenir tout aussi proche, un cadre idéal de villégiature aux classes aisées et moyennes ouest africaines. Le tourisme vert, secteur dans lequel ses atouts naturels le permettent de gambader en tête de peloton, peut constituer à l’échelle régionale une alternative à la pollution urbaine.

L'affirmation de l’Afrique de l'Ouest dans l’industrie cinématographique mondiale (Nollywood deuxième industrie de cinéma au monde après Hollywood et la montée en puissance du cinéma ghanéen) peut aussi bénéficier à la Guinée-Bissau. Ses magnifiques paysages représentent des cadres rêvés de tournage.

En retour, la Guinée-Bissau peut bénéficier de produits stratégiques de ces partenaires sous-régionaux à des prix compétitifs. Pour les hydrocarbures (même si les prospections en cours permettent de nourrir espoir), le Ghana, le Nigeria, la Mauritanie peuvent être des partenaires de premier choix. Le secteur énergétique encore très déficitaire peut être redressé à l'échelle régionale. Les pays Sahéliens de la région ne sont pas en reste dans cette complémentarité économique. Ils peuvent par exemple satisfaire les besoins en produits frais animaliers

En termes de sécurité et de défense, l'espace régional est pertinent et demeure le cadre de concertation immédiate. Les différentes circulations criminelles (trafics de drogue, d'armes, d'êtres humains) pervertissent les frontières. Ces glissements criminels (récemment l’interception d’une soixantaine d’enfants destinés à l’industrie de mendicité sous-régionale, dit-on) sont puissants et rendent les États pris individuellement stériles. En ce sens, le partage d'informations et d'expériences constitue l’unique arme efficace pour lutter contre les réseaux criminels transnationaux.
In fine, la CEDEAO n’est pas un ennemi (ce que beaucoup de nos compatriotes laissent entendre), mais un partenaire qui doit être abordé avec intelligence et pragmatisme.

Saisir la fraternité lusophone

Dans l'espace lusophone, les avantages sont énormes. L’héritage culturel (langue portugaise) constitue la première dimension de coopération. Au niveau du PALOP (pays africains de langue officielle portugaise), les synergies nées des syndicats d’étudiants des colonies à Lisbonne puis des mouvements de libération sont restées ardentes. L’ambition de faire de la Guinée-Bissau une puissance écologique peut trouver un satisfecit au sein du PALOP. En effet, la déforestation est liée à l’usage du bois mort (charbon de bois inclus) comme énergie domestique. Or, dans la même communauté de destin des pays africains lusophones, existent des potentiels énergétiques impressionnants: Angola et Mozambique. Le Gaz du Mozambique et de l’Angola peut, à des tarifs préférentiels, réduire l’effet anthropique sur la biodiversité.

Les investissements directs étrangers (IDE) de l’espace lusophone (5 milliards de dollars du fond souverain angolais, 10 milliards pour le fond pétrolier timorais, les investisseurs portugais, brésiliens et de Macao) peuvent contribuer de manière décisive à la croissance économique plus que les partenaires de la CEDEAO. Les liquidités (fonds souverains) peuvent stimuler le développement de l’industrie extractive, de la pêche, de l’agriculture, du tourisme etc. L'expérience brésilien dans la transformation de l'anacarde est capitale pour la Guinée-Bissau. En effet, le Brésil peut ainsi booster la valeur ajoutée de notre premier secteur économique et créer en même temps des centaines d'emplois.

Dans le domaine de l’éducation et de l'administration, la Guinée-Bissau a beaucoup à apprendre du Portugal, du Brésil et de Macao. Le savoir-faire portugais dans le domaine du génie civil, de l’agronomie, du secret des étendues marines, la longue tradition administrative des pays de la CPLP (Brésil, Macao, Portugal) sont tout aussi utiles au redémarrage de la Guinée-Bissau. Le redressement du système éducatif et la mise en place d'une administration efficiente ne peuvent se faire à mon avis que dans l’espace lusophone.

Côté militaire, la lusophonie offre des perspectives utiles et décisives. L’existence d’armées aux capacités de propulsion transcontinentales avec de solides pratiques de terrain, aiderait à réformer puis à restructurer le secteur de la défense et de la sécurité tant décrié. Un livre blanc de la défense doit être élaboré en étroite collaboration avec les partenaires lusophones.

Se positionner intelligemment

En définitive, la vision stratégique et géostratégique de la Guinée-Bissau doit être plus ouverte et ne pas s’adosser à un bloc au détriment d’un autre. Elle ne doit non plus se contenter seulement de recevoir, mais aussi d'offrir ses innombrables avantages. Bref, seule une continuité diplomatique et stratégique sachant dresser les partenariats prioritaires et stratégiques peut transformer les multiples appartenances en opportunités de développement.

Dos Santos SANCA (Ph.D).